Les Amis de l’Archéologie Palestinienne

L’archéologie pour la Palestine

Noha Rashmawi

article mis en ligne le samedi 26 juillet 2008

Née à Beet Sahour, près de Beet Lehem en 1950, Noha Rashmawi a vécu toute sa scolarité à Jéricho, avant de venir en France en 1969. Elle a milité au PC, puis à Lutte ouvrière pendant plus de 20 ans. Noha a quitté cette organisation il y a environ trois ans. Elle est présidente de l’association les Amis de l’archéologie palestinienne.

- Pourquoi l’archéologie ?

- Noha Rashmawi : J’ai fait plusieurs métiers : de femme de ménage à employée dans une compagnie d’assurance. Il y a trois ans, j’ai repris mes études à Paris I, en histoire de l’art et en archéologie. D’abord, pour répondre à un rêve d’enfance, ayant vécu à Jéricho parmi les vieilles pierres et les briques crues. Et cette volonté de reprendre des études a coïncidé avec le décès de ma mère, survenu la même année. Je me suis sentie attirée par le passé et vers les miens.

Durant toutes les années passées ici, en France, je me sentais tiraillée entre deux sentiments : d’un côté, un sentiment d’exil et de déracinement, et d’un autre côté, j’étais devenue quelqu’un d’autre, qui parlait en français, réfléchissait en français, rêvait en français. Il faut croire que le vieux dicton, qui peut s’adapter à tous les pays du monde où l’on a passé son enfance, est vrai : "Qui a bu de l’eau de Jéricho y reviendra toujours !"

- Quelles ont été les circonstances de ton retour ?

- N. Rashmawi : Je suis retournée chez moi après 25 ans d’absence dans le cadre d’une fouille archéologique à côté de Jérusalem-Ouest, Tel Yarmout. C’était une fouille organisée par le CNRS et les Affaires étrangères, dirigée par un directeur qui m’a recrutée pour qu’ensuite je participe à la fouille de Gaza. Mais je ne suis pas partie à Gaza, parce que les rapports avec ce directeur n’ont cessé de se détériorer. Lors de notre première rencontre, il m’a affirmé, en "bon scientifique qui se respecte", que les Palestiniens sont tous des sauvages et que les plus évolués parmi eux restent encore des sauvages, fin de citation. Vous imaginez la suite.

- Comment es-tu passée de Jérusalem-Ouest à l’autre côté, le côté palestinien ?

- N. Rashmawi : Je m’étais engagée pour 3 mois de fouilles. N’ayant effectué que les 2 premiers, j’ai mis à profit le temps qui me restait sur place pour aller faire le tour des universités palestiniennes, des sites de fouilles et du département d’archéologie. J’y ai vu pas mal de gens motivés mais bloqués après leurs années d’études à Bir Zeit (les études s’arrêtent au niveau maîtrise en archéologie). Seuls quelques rares boursiers poursuivent à l’étranger. Quant à la pratique, elle est très réduite : les sites archéologiques ne sont sous autorité palestinienne que depuis les accords d’Oslo. Avant, ils étaient sous contrôle israélien et donc interdits aux Palestiniens. Il n’y a pas eu beaucoup de fouilles depuis 1993, parce que les missions archéologiques coûtent très cher et que l’archéologie n’est pas encore considérée comme une priorité. Pourtant, la création de l’Etat d’Israël a été fabriquée sur une interprétation biblique de l’histoire. C’est en se fondant sur des légendes et des mythes qu’on a pris leurs terres et leurs maisons aux Palestiniens. Ce que je cherche à faire en développant l’archéologie en Palestine, dans un esprit de coopération internationale, c’est d’opposer à ces falsifications une interprétation qui ne soit ni biblique ni islamique mais scientifique.

- Quels sont les objectifs de l’association des Amis de l’archéologie palestinienne ?

- N. Rashmawi : L’association, créée au début de l’année 2000 à Paris, a pour but de contribuer au développement de l’archéologie, en tant que discipline scientifique, sur le territoire du futur Etat palestinien, en relation avec ses autorités légitimes sur le plan national et sur le plan local. Tout en favorisant l’illustration et la promotion de l’identité historique nationale du peuple palestinien, les recherches archéologiques doivent être au service de la réconciliation des peuples de la région et participer aux initiatives pour la paix, notamment parmi la jeunesse. Par la mise en valeur du patrimoine, elles peuvent constituer des bases importantes pour le développement des activités touristiques et culturelles du futur Etat. Pour atteindre ces buts, et devenir un lieu d’échange international sur les questions suscitées par le patrimoine mondial, l’AAP se fixe les objectifs suivants :

- La promotion de la recherche archéologique pour favoriser le développement d’une pratique scientifique de l’archéologie et assurer ainsi la protection et la restauration des sites archéologiques, dans l’intérêt du public.

- La publication de documents devant servir à diffuser les résultats des recherches auprès de la communauté archéologique mondiale.

- L’organisation des collectes de fonds en France et à l’étranger afin d’assurer la mise en place de missions archéologiques composées de scientifiques français, palestiniens et d’autres pays, notamment européens. Ces missions devront être en mesure de prendre en charge des fouilles programmées, ainsi que des fouilles de sauvetages en Palestine. Elles supposent la prise en charge financière du transport et du séjour des personnes (archéologues, architectes, topographes, etc.) ainsi que l’acquisition des matériels et des fournitures qui sont nécessaires au bon déroulement des chantiers de fouilles.

Nous avons la conviction que le développement de l’archéologie constitue, pour le futur Etat palestinien et pour son peuple, un enjeu très important, sur le plan scientifique, culturel et politique. Nous en voulons pour exemple une fouille organisée récemment par le CNRS et par le ministère des Affaires étrangères dans le site de Tel Yarmout, un site cananéen de l’âge du bronze ancien. Cette période charnière s’est trouvée impliquée, à des fins politiques, par l’interprétation biblique de l’archéologie : c’est notamment à travers cette interprétation que les sionistes ont cherché à donner une légitimité au peuple juif du monde entier pour revendiquer la "terre promise" et légitimer la politique expansionniste de l’Etat d’Israël en Palestine.

Le résultat de cette version "historique" est d’avoir entraîné les peuples de cette région dans une catastrophe humaine. Il est important de prendre conscience que l’archéologie est une science, qu’il faut veiller à son objectivité et qu’il est indispensable de promouvoir une ligne de pensée scientifique.

Propos recueillis par Mireille Terrin 01/02/2001

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