Les Amis de l’Archéologie Palestinienne

L’archéologie : une science très politique

article mis en ligne le samedi 26 juillet 2008

L’archéologie est au centre d’un débat très politique entre Israéliens et Palestiniens et en Israël même. Depuis qu’ils ont récupéré une partie de leur terre, en 1994, les Palestiniens ont entamé, avec l’aide de la France (qui vient de renouveler le premier contrat de coopération signé il y a cinq ans avec l’Autorité palestinienne) des recherches archéologiques.
De notre envoyée spéciale, Françoise Germain-Robin

L’archéologie est au centre d’un débat très politique entre Israéliens et Palestiniens et en Israël même. Depuis qu’ils ont récupéré une partie de leur terre, en 1994, les Palestiniens ont entamé, avec l’aide de la France (qui vient de renouveler le premier contrat de coopération signé il y a cinq ans avec l’Autorité palestinienne) des recherches archéologiques. Eux aussi éprouvent le besoin de retrouver leurs racines et d’explorer leur passé. Jusqu’alors, seuls les Britanniques, les Français de l’École biblique et archéologique de Jérusalem et les Israéliens avaient pu se livrer à des fouilles.

Pour les Israéliens, la seule préoccupation a longtemps été de chercher dans le sol les preuves de l’antériorité de la présence juive sur toutes les autres afin de légitimer l’occupation. Les choses sont en train de changer, et l’irruption d’une archéologie palestinienne [1] va sans doute accélérer le mouvement. Vient en effet d’apparaître en Israël une nouvelle génération d’archéologues - à l’instar des « nouveaux historiens », on les a baptisés les « nouveaux archéologues » - qui rejettent les tabous et n’ont pas peur de remettre les mythes en question.

Certains, comme Israël Finkelstein, de l’université de Tel-Aviv, vont jusqu’à mettre en doute l’existence du roi David et du roi Salomon et avancent que le premier temple n’a peut-être jamais existé puisqu’on n’en trouve aucune trace !

Quant au second temple, rien ne prouve non plus, affirment-ils, qu’il se trouve, comme la tradition juive l’affirme, sous l’esplanade des Mosquées (mont du Temple, pour les Juifs).

Au moment où la vieille ville de Jérusalem est au centre des négociations de paix israélo-palestinienne, l’affaire fait grand bruit et certains, en Israël, n’hésitent pas à accuser les nouveaux archéologues d’être « des traîtres qui donnent des armes aux Palestiniens ».

L’hebdomadaire Jerusalem Report a récemment consacré tout un dossier à cette polémique, à la suite d’un colloque réunissant archéologues israéliens et palestiniens autour d’un thème provocateur « Qui était là le premier, et est-ce que cela importe ? » Moain Sadek, directeur du département des antiquités palestiniennes pour la bande de Gaza, qui participait au débat, a récusé la terminologie et les références bibliques traditionnellement utilisées par les archéologues israéliens, affirmant sa volonté de débarrasser l’archéologie de toute idéologie.

Se félicitant du fait que le grand spécialiste de l’âge de bronze, Pierre de Miroschedji, qui a fouillé pendant vingt ans en Israël, ait désormais en charge le site de Tell Sakan, au sud de Gaza, il dit son espoir de voir naître une « archéologie sans frontières » dans laquelle Israéliens et Palestiniens coopéreraient pour réécrire une histoire occultée et déformée par tant d’années de conflits.

Une histoire débarrassée des mythes et des préjugés, qui permettrait à chaque peuple de se réapproprier son passé tout en acceptant l’autre.

F. G.-R.

[1] Une association les Amis de l’archéologie palestinienne, présidée par Noha Rashmawi, s’est constituée (111, rue Oberkampf, 750011 Paris).


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